Mardi 19 juin 2007
Nous reproduisons ci-dessous le texte de la pétition du réseau TERRA...


immigration.gif


Identité nationale et immigration :
inversons la problématique !

Donnez lui force, signez cet appel et faites le signer !
Publiez le à la Une de votre site, diffusez le sur vos listes de discussion...

En ligne : http://terra.rezo.net/article602.html

Les huit personnalités qui viennent de démissionner du projet de Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI), particulièrement compétentes sur l’histoire de l’immigration mais aussi de l’antisémitisme, du racisme et de la xénophobie, en France, ont rappelé avec raison que la création d’un Ministère associant dans son intitulé identité nationale et immigration « s’inscrit dans la trame d’un discours stigmatisant l’immigration et dans la tradition d’un nationalisme fondé sur la méfiance et l’hostilité aux étrangers, dans les moments de crise ». Nous approuvons également l’Association française des anthropologues lorsqu’elle rappelle que « lorsque l’État s’empare du thème de l’identité nationale, c’est partout une incitation directe au mieux à la xénophobie, au pire à des violences entre groupes d’origines différentes. »

L’invention d’un nouveau Ministère n’est en effet pas un acte neutre mais un acte de gouvernement à forte portée idéologique. Il institutionnalise un système de pensée, légitime les discours et les actes qui s’y réfèrent, tant des fonctionnaires que des citoyens, et active l’action publique dans un sens déterminé. De quel système de pensée procède le positionnement, au plus haut niveau de la hiérarchie symbolique et administrative de l’Etat, de l’identité nationale face à l’immigration, mais aussi face à l’intégration qui concerne tous les étrangers et leurs différences et face au codéveloppement ainsi officiellement réduit à un dispositif antimigratoire ?

Par ce cadrage idéologique et par les politiques qui en résulteront, la création de ce Ministère va enraciner plus encore dans notre culture politique l’opposition entre la question nationale et le fait migratoire. Il risque d’ouvrir une nouvelle page de notre histoire, celle d’un nationalisme d’Etat et d’une xénophobie de gouvernement tendant à stigmatiser l’étranger comme un problème, un risque, voire une menace pour l’intégrité ou l’identité nationale.

Si, au contraire, la finalité politique de ce gouvernement et, plus largement, des élites dirigeantes de ce pays, est de réduire ce risque, il leur incombe alors d’examiner l’hypothèse d’une problématique inversée : s’il y a un problème entre l’immigration et l’identité nationale, il provient de la place qu’occupe aujourd’hui, au terme d’une évolution de plusieurs décennies déjà, l’enjeu national dans les débats politiques. De même que l’antisémitisme ne résultait pas d’un "problème juif", la xénophobie qui s’exprime aujourd’hui ne résulte pas d’un "problème migratoire" mais d’une montée en puissance des idéologies xénophobes dans nos cultures politiques.

Nous appelons par la présente l’ensemble des institutions d’enseignement et de recherche, y compris les professeurs d’écoles, de collèges et de lycées, les revues de sciences humaines et sociales, les journalistes de la presse écrite, de la radio et de la télévision, les organismes de réflexion affiliés à des partis politiques, syndicats et associations à assumer leurs responsabilités intellectuelles dans un tel contexte historique.

Nous les appelons à ouvrir, organiser et animer systématiquement, selon des modalités propres à chacun, un vaste chantier national de recherche, de débat et de réflexion sur les orgines des nationalismes, xénophobies et discriminations ainsi que sur les causes de leurs réapparitions périodiques dans l’histoire de l’humanité. Dans les cinq ans qui viennent il conviendra d’analyser particulièrement le rôle que peuvent jouer les institutions publiques dans l’exacerbation de ces phénomènes sociaux.

Le réseau scientifique TERRA
(Travaux Etudes et Recherches sur les Réfugiés et l’Asile)
http://terra.rezo.net/article602.html

par Hasta Cognac, Siempre! publié dans : Au delà du pays de Cognac...
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Mercredi 18 avril 2007

Comme vous avez pu le constater, nous disposons actuellement de peu de temps pour rédiger ce blog. Pourtant, l'actualité ne manque pas! Nous serons de retour dans les jours à venir. Pour le moment, nous relayons un communiqué paru ce jour du réseau "sortir du nucléaire"...

Le Réseau Sortir du nucléaire appelle à ne pas voter
pour cinq candidats favorables au réacteur nucléaire EPR

F. Bayrou et S. Royal doivent quant à eux prendre l‘engagement d’abroger le décret de construction de l’EPR
et d’arrêter tous les travaux en cours.


Pour dire NON à la construction prochaine du réacteur nucléaire EPR à Flamanville en Normandie et parce qu’ils refusent la relance du nucléaire en France :

  • 600 000 personnes ont participé à la campagne nationale STOP EPR en envoyant une carte pétition “Soleil” aux candidats à la présidentielle,
  • 62 000 personnes ont manifesté le 17 mars 2007 à Rennes, Lille, Strasbourg, Lyon et Toulouse. Il s'agit de la plus forte mobilisation de toute la campagne présidentielle.


A quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle, le Réseau Sortir du nucléaire, Fédération de 772 associations :

1) appelle à ne pas voter pour les cinq candidats suivants qui se sont prononcés pour l’EPR ou ne remettent en cause - en aucune façon - le projet de construction de l’EPR :

- Marie-George Buffet (Parti Communiste)
- Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière).
- Frédéric Nihous (Chasse Pêche Nature et Tradition)
- Nicolas Sarkozy (UMP)
- Gérard Schivardi (Parti des Travailleurs)

2) appelle Ségolène Royal et François Bayrou à prendre l’engagement d’annuler le décret de création de l’EPR :


M. Bayrou et Mme Royal ont reconnu la nécessité d’organiser un véritable débat démocratique sur l'EPR. Mais, ils doivent s'engager – dès à présent - à abroger, s’ils sont élus, le décret de construction du réacteur nucléaire EPR, les arrêtés d'autorisation des travaux et le permis de construire grâce auxquels EDF a commencé les travaux préparatoires sur le site de Flamanville en Basse-Normandie. C’est une condition préalable indispensable qui permettra un véritable moratoire sur l’EPR avec l’arrêt des travaux pendant plusieurs années. F. Bayrou et de S. Royal doivent prendre - sans attendre - des engagements clairs et précis à ce sujet pour que les électeurs puissent juger en connaissance de cause. Ces abrogations devront intervenir avant les législatives et dès la nomination du Premier Ministre par le nouveau Président de la République.


3) précise que trois candidats se sont clairement engagés contre la construction du réacteur nucléaire EPR :

- Olivier Besancenot
- José Bové
- Dominique Voynet.


4) Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers ne sont pas cités dans ce communiqué du fait de leurs positions idéologiques et des valeurs qu’ils véhiculent.

Le Réseau Sortir du nucléaire rappelle à tous les candidats que la très grande majorité des citoyens Français ne veut pas de nouveaux réacteurs nucléaires mais d’une politique ambitieuse de maîtrise de l’énergie et de développement des énergies renouvelables.
Des centaines de milliers d’électeurs ne manqueront pas de tenir compte des positions des candidats sur ces questions lors de leur passage dans l’isoloir.

par Hasta Cognac, Siempre! publié dans : Au delà du pays de Cognac...
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Jeudi 5 avril 2007
   Etrange accumulation d'évènements dérangeants actuellement, dans les ranges de l'UMP: après les dérapages de Sarkozy  face à la rédaction de France 3, voilà que l'on apprend qu'un député participant à la campagne présidentielle aurait agressé une syndicaliste!

   Evènements dérangeants, disions nous, dérangeants du moins lorsque l'on cherche à se poser en garants des principes démocratiques... Mais si certains en doutaient encore, ces élans d'autoritarisme à droite semblent de plus en plus assumés et les militants UMP vont même parfois jusqu'à avoir une attitude totalement décomplexée sur ce genre d'évènements...

   Nous mettons ci dessous le communiqué révélant cet évènement.



"Appel au soutien militant

   Une militante syndicaliste étudiante de l’AGEL-FSE a été agressée par le député Alain Marsaud. L’AGEL-FSE soutient sa camarade et militante agressée vendredi par Alain Marsaud, député et membre de la commission de déontologie de la sécurité à l’Assemblée Nationale.


   Il s’agit bien d’une véritable agression dont elle a été victime et nous ne pouvons pas accepter les déclarations qui tentent de minimiser les conséquences et les faits qui se sont déroulés vendredi après-midi sur la place d’Aine à Limoges.


   Vendredi 30 mars l’UMP avait installé place d’Aine une tente qui visait vraisemblablement à informer les habitants de Limoges, appelant de ce fait au débat, ce que notre camarade a eu le malheur de faire ce jour-là.


   Elle a rejoint un groupe de personnes dans une discussion vive et animée devant le stand de l’UMP. Alors que les individus se dispersaient, Alain Marsaud n’ayant pas réussi à rattraper des jeunes qui s’en allaient, s’est retourné et à pris a parti notre camarade.


   La saisissant violemment à la gorge, elle se débat. Notre camarade est alors saisie, maîtrisée et maintenue, Alain Marsaud profitant de son immobilité pour lui asséner des coups de pied. Tombée à terre, le député profite de la confusion pour récidiver.


   Notre camarade a fait constater ses blessures et a porté plainte pour violences volontaires contre Alain Marsaud samedi.


   Depuis hier, sollicitée par les médias, notre camarade a préféré se protéger des déclarations calomnieuses. Elle ne souhaite pas pour l’instant s’exprimer devant les médias, elle est encore sous le choc de cette violente agression.


   Ce n’est pas la première fois que l’on entends parler des comportements agressifs d’Alain Marsaud. Cet ami de Charles Pasqua s’était illustré notamment lorsqu’il avait délivré à ses militants les noms et adresses de deux manifestants interpellés et accusés d’avoir cassé la vitrine de l’UMP. Dernièrement, il a violemment pris à parti des militants de la Maison des Droits de l’Homme au salon du livre. Quelle crédibilité doit-on accorder à ce personnage public, élu à l’Assemblée Nationale, ancien magistrat qui n’hésite pas à faire justice lui-même et ce par tous les moyens ?


   Nous dénonçons les déclarations mensongères des militants UMP qui souhaitent minimiser cette agression, voire aussi ceux qui délibérément dans la presse et à la radio maintiennent qu’il ne s’est rien passé.


   Nous soutenons vivement notre camarade dont le seul tord à été de vouloir débattre avec l’UMP et qui n’a reçu en guise de réponse que les coups.


   Quand une syndicaliste étudiante est rouée de coups par un député faisant parti de la commission de déontologie et de sécurité de l’assemblée nationale, nous devons faire front commun contre ses agissements et la répression en général que subissent les militants du mouvement syndical et ouvrier.


   Nous condamnons cette justice à deux vitesses, cette justice de classe qui, renvoie les parties dos à dos enferme les plus pauvres et reste clémente envers ceux des couches sociales les plus élevés de la société. Dans ce cas présent on tente de trouver une voie à l’amiable assurant que l’affaire ne sera pas correctionnalisé mais traitée par un tribunal de police. Combien de jeunes de banlieue inculpés, combien de militants de gauche inculpés ont vu leurs affaires examinées avec autant de pincettes ?


   Nous appelons un maximum d’organisation à signer cet appel et apporter leur soutien à notre camarade.


A bas cette justice de classe à deux poids, deux mesures.

Justice pour tous nos camarades!


Pour contacter l’AGEL-FSE
agel.fse@luttes-etudiantes.com
05.55.43.55.23"

par Hasta Cognac, Siempre! publié dans : Au delà du pays de Cognac...
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Samedi 31 mars 2007

Une droite ultra-autoritaire, qui trouve ses soutiens à Cognac comme ailleurs, s'est une fois de plus illustrée il y a peu sur une chaîne de télévision nationale... Vous trouverez ci-dessous le communiqué de la Société des Journalistes de France 3.

Communiqué de la Société des Journalistes de France 3 :
Nicolas Sarkozy se verrait-il déjà à l'Elysée ?

Trépigne-t-il déjà en s'imaginant bientôt disposer des pleins pouvoirs ?

Sans doute grisé par les sondages qui le placent en tête du premier tour, le candidat UMP s'est récemment laissé aller à une petite crise d'autorité dans les locaux de France 3. Une sorte de caprice régalien que l'on croyait appartenir à d'autres temps, ceux de la vénérable ORTF.

M. Sarkozy a en effet menacé de « virer » notre direction. Comme ça, sur un coup de tête. Parce qu'elle n'a pas daigné lui dérouler le tapis rouge et accourir immédiatement à sa rencontre lorsqu'il est venu, le 18 mars dernier, participer à l'émission France Europe Express, présentée par Christine Ockrent.

A peine arrivé, Monsieur le Ministre-candidat se laisse d'abord aller à quelques grossièretés, estimant que cette émission « l'emmerde » et qu'il n'a pas envie de la faire !

Ensuite, le voici vexé de devoir attendre dans les couloirs de France 3 pour être maquillé, d'autres invités occupant déjà les lieux (et oui, France 3 ne dispose que d'une salle de maquillage). Coupable de ce «crime de lèse-Sarkozy »,  voici notre direction sur la sellette. « Toute cette direction, il faut la virer », a lâché  le candidat UMP, comme le rapporte le Canard Enchaîné du 21 mars 2007. « Je ne peux pas le faire maintenant. Mais ils ne perdent rien pour attendre. Ca ne va pas tarder».

Les Français sont désormais prévenus ! L'une des priorités de Nicolas Sarkozy s'il est élu président de la République sera de couper des têtes à France 3. A la trappe ces directeurs qui tardent à exécuter les courbettes.

Le Ministre-candidat avait déjà habitué notre rédaction à ses poses agacées, à ses humeurs dans nos locaux, face à une rédaction qui ne lui semble manifestement pas suffisamment docile. Comme cette récente provocation gratuite à l'adresse d'un journaliste du service politique « ça ne doit pas être facile de me suivre quand on est journaliste de gauche ! ». Désormais, c'est à la direction qu'il veut s'en prendre ?

La Société des Journalistes de la Rédaction Nationale de France 3 ne peut qu'être scandalisée par une telle attitude de la part d'un candidat à la plus haute magistrature de France. Nous nous inquiétons que M.Sarkozy puisse afficher sans aucune gêne un tel mépris pour l'indépendance des chaînes de service public.

Non, monsieur Sarkozy, les journalistes de la Rédaction Nationale de France 3 ne sont pas et ne seront jamais vos valets. Ils résisteront à toute menace pesant sur leur indépendance. Si nous devons des comptes, ce n'est pas à un ministre-candidat, mais aux millions de téléspectateurs, qui regardent chaque jour nos journaux d'information.

Par respect pour eux, pour leur intelligence, nous n'accepterons jamais aucune forme de mise sous tutelle politique. Ni de votre part, ni de la part d'aucun autre candidat.

A bon entendeur.

La Société des Journalistes de France 3. Le 23 mars 2007

par Hasta Cognac, Siempre! publié dans : Au delà du pays de Cognac...
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Lundi 20 novembre 2006

Après les réformes LMD, la réforme Fillon, voici le rapport Hetzel...

   Depuis son arrivée au pouvoir en 2002, plus que dans tout autre domaine, le gouvernement a fait preuve d'un zèle incroyable dans les réformes du système éducatif. Loi d'autonomie des universités et réforme LMD en 2003. Réforme Fillon en 2005. Aujourd'hui, bien qu'aucune proposition de loi ne soit encore faite, on peut enfin lire le fameux rapport Hetzel.
   Remettons les choses dans leur contexte. Le 10 avril, au lendemain du retrait du CPE, Villepin annonce la mise en place d'une commission université-emploi. Cette commission sera présidée par Patrick Hetzel, recteur de l'académie de Limoges. Villepin annonce par la même occasion sa volonté de réformer le système universitaire. On commence à comprendre ce qui nous arrive aujourd'hui avec ce rapport Hetzel.
   Tout travail concernant un sytème éducatif ne peut pas faire l'économie de la finalité de ce à quoi doit servir cette éducation. La réponse proposée par le rapport Hetzel est claire: « des études pour un emploi » (de manière étonnante ce slogan est celui de l'UNI – association regroupant des étudiants de droite extrême). Nous ne pouvons pourtant pas mettre en doute le fait que ce slogan est aussi partagé par un grand nombre d'individus. Nous ne pouvons pas non plus contester que l'éducation ne doit pas servir à obtenir un emploi. Cependant, il est extrêmement dangereux de concevoir le système éducatif uniquement sous l'angle d'une possibilité d'acquérir un emploi: l'éducation doit, avant tout, pouvoir garantir l'émancipation de l'individu, cette émancipation passant souvent par l'obtention (à terme) d'un emploi. Mais qu'est ce que l'émancipation? Est-ce la doctrine pseudo-citoyenniste qui consiste à voir le système éducatif comme étant le lieu de transmission des « valeurs républicaines »? Certainement pas. L'émancipation c'est la possibilité pour chacun d'être amené à réfléchir sur lui même et sur ce qu'il veut être, et ce même si cela le conduit à défendre des idées s'opposant à la sacro-sainte doctrine républicaine. L'éducation civique proposée aux collégiens ou lycéens n'est ainsi qu'une nouvelle forme de catéchisme: « nous, professeurs d'éducation civique, détenons la vérité: le système républicain est bon par nature, seul le démon extremiste peut s'y opposer, amen ».
   En retraçant les différentes réformes menées par ce gouvernement en matière d'éducation depuis 2002, nous pouvons constater que rien n'est fait pour aller dans le sens d'une éducation émancipatrice. Bien au contraire.

 

   Première étape. Le processus de Lisbonne.
   Qu'est ce que le processus de Lisbonne? Elaboré en 2000 par l'Union Européenne, ce processus affirme qu'il faut « faire de l'Union l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Tout un programme, avec de tels phrases on en vient à supprimer les moyens de la recherche fondamentale pour les déplacer vers la recherche expérimentale, plus rentable. Cette phrase servira de doctrine aux ministres Ferry en 2003, puis Fillon en 2005, et aujourd'hui Robien et Goulard. Cependant, bien que cette politique européenne semble parfaitement convenir aux intérêts de la droite, il ne nous faut pas perdre de vue qu'en 2000 la majorité des gouvernements européens étaient dits de « centre gauche », y compris en France, et que jamais le PS ne s'est opposé à l'élaboration de ce processus de Lisbonne.
   Les réformes LMD (réformes dites d'harmonisation européenne), établissement le cycle de la licence en 3 ans, du master en 5 ans, du doctorat en 8 ans, ont ainsi été une première concrétisation de la politique de Lisbonne. « Une université ouverte est une entreprise industrielle (...). Cette en entreprise doit vendre ses produits sur le marché de l'enseignement que régissent les lois de l'offre et de la demande » (document de la commission européenne, novembre 1991). Les objectifs sont clairs: réduire la l'enseignement supérieur à des impératifs de rentabilités. Dans cette optique, la gestion de l'université va relever d'une gestion manageriale exploitant les possibilités offertes par la réforme LMD. Il n'existe ainsi plus de cadre national des diplômes, chaque université définit le contenu de ses formations, chaque université doit s'efforcer de proposer « une offre » plus intéressante que ses « concurrentes ». On y reviendra, mais la perspective de développement des formations professionnelles est symptomatique de cette tendance.
   Malgré les contestations étudiantes à la fin de l'année 2003 (et bien que cette contestation massive soit niée par les rédacteurs du rapport Hetzel), alors qu'une quinzaine d'universités étaient en grève pour protester contre cette réforme, le gouvernement n'a pas lâché.

 

   la réforme Fillon
   Pire, il a décidé de s'entêter et de poursuivre sa politique de casse de l'éducation publique. Ne parlons pas, pour le moment, des baisses constante depuis 2003 du nombre de postes aux concours de l'enseignement. La deuxième étape dans cette casse de l'éducation, en 2005, met aux avants postes un nouveau ministre: Fillon. Pendant plusieurs mois, des lycéens bloqueront leurs lycées, manifesteront, s'organiseront. Avant de subir la trahison des deux « syndicats lycéens » que sont l'UNL et la FIDL, rappelés à l'ordre par leurs grands frères socialiste à quelques semaines d'un vote sur la constitution européenne. La trahison des uns d'un côté mais, surtout, la répression acharnée de l'Etat.
   Si Fillon cèdera sur quelques points, il s'agit pourtant d'un échec pour le mouvement lycéen. Pour prouver rapidement les liens évidents entre le LMD et la réforme Fillon, il suffit de montrer qu'il y avait encore une volonté de casser le cadre national des diplômes (cette fois c'était le baccalauréat) en instaurant un contrôle continu au cours de l'année, et non plus une épreuve finale, ce point de la réforme sera finalement retiré. On trouvera aussi quelques perles dans cette réforme: « l'orientation et la formation proposée aux élèves tiennent compte (...) des perspectives professionnelles liées aux besoins prévisibles de la société et de l'économie ». On instaure aussi un « socle commun » au rabais, ne contenant que très peu de formations susceptibles de développer un esprit critique nécessaire à l'émancipation individuelle. On apprendra aussi que les enseignants pourront, en plus de la matière qu'ils enseignent, tenter d'obtenir un concours dans une seconde matière (concours, précisons le, qui ne comporte pas toutes les épreuves d'un concours « normal »).
   Outre ces mesures visant à soumettre l'éducation à des impératifs économiques, la réforme Fillon est aussi caractéristique d'une politique sarkozyste s'érigeant en défenseur des valeurs morales. On crée ainsi, chaque trimestre, une note attribuée par la vie scolaire. On offre la possibilité de créer des « contrats individuels de réussite éducative » permettant d'exercer une pression sur l'élève, on multiplie les références à une éducation ayant pour mission de « faire partager les valeurs de la république », etc.
   Cette réforme suscite encore aujourd'hui de nombreuses oppositions de la part des différents individus qu'elle peut toucher: étudiants aspirant à passer les concours de l'enseignement, élèves, personnels de l'éducation, etc.

 

   "La crise des banlieues" et ses suites: la précarisation de la jeunesse
   Etape suivante: en novembre 2005, suite aux émeutes dans les banlieues, le premier ministre annonce qu'une réponse politique sera apportée à cette révolte. Cette réponse, c'est la loi dite d'égalité des chances, présentée en janvier 2006. Outre l'instauration du fameux CPE, cette loi proposait de nouvelles mesures de précarisation de la jeunesse: le travail de nuit dès 15 ans, la création d'un contrat de responsabilité parentale qui offrait la possibilité de supprimer les allocations familiales, l'apprentissage dès 14 ans, etc. C'est contre l'ensemble de cette loi que la jeunesse a conduit pendant plus de deux mois un mouvement historique.
   Le 10 avril, Villepin annonçait le retrait du seul CPE. Loin d'être une victoire, il s'agissait pourtant d'un premier recul du gouvernement, que la jeunesse n'a pas su utiliser en sa faveur. En annonçant ce premier pas en arrière, le premier ministre annonçait aussi la création d'une commission université-emploi. Cette commission, présidée par Patrick Hetzel, présida quelques débats à travers la France. Elle a rendu son rapport le 24 octobre.
   A la lecture de ce rapport, il semble évident que le gouvernement prépare aujourd'hui une nouvelle étape dans sa politique éducative, et ose laisser entendre que l'ensemble de la population du territoire français partage ses analyses. Les premières pages du rapport sont ainsi indignantes de démagogie. On apprend ainsi que l'ensemble des débats auraient eut lieu « dans un esprit de sérénité ». Qu'en est-il des étudiants condamnés à Aix en Provence suite à des altercations qui auraient eut lieu à l'entrée des débats de cette commission? Qu'en est-il des fumigènes dans la salle où devait se dérouler le débat à Rennes? Qu'en est-il des étudiants à qui l'accès a été refusé lors du débat à la Sorbonne?
   Tous ceux qui ont cherché à perturber ces pseudo-débats avaient des arguments: bien qu'Hetzel et ses sbires semblent convaincu qu'il se dégage un « consensus national » autour de leurs conclusions populistes, il est évident que ce rapport était écrit d'avance. Il nous suffit de relever une petite phrase dans l'introduction qui revendique l'attachement du rapport au cycle de Lisbonne en rappelant la fameuse phrase « faire de l'Union l'économie de connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde », ainsi que la composition des membres de la composition où l'on retrouve par exemple la directrice des ressources humaines du groupe Danone ou encore le conseiller du président du groupe AXA.
   Que peut-on, alors, attendre de ce rapport? Si ce n'est la poursuite de la politique éducative que l'on connait depuis (au moins) 2002? Et, de ce point de vue, on ne sera pas déçu. Cela commence par la création d'une préselection à l'entrée en université, qui s'accompagne d'une procédure de sélection au bout d'un semestre d'études. Cela sur poursuit sur la proposition de créer un observatoire des parcours étudiants et de leur insertion professionnelle, or on sait très bien que ce genre d'observatoire sera mis aux mains de « représentants du monde socio-économique » qui auront tout intérêt à défendre les intérêts économiques immédiats des individus qu'ils sont censés représenter (c'est à dire le patronat). On insiste ensuite sur la nécessité de « professionaliser » les études et de rapporcher l'université de l'entreprise. Ce qui signifie, en clair, qu'il faut soumettre l'université (et par conséquent la recherche) à des intérêts économiques, donc encore une fois au profit immédiat du patronat, en ignorant ce qui pourrait être l'intérêt commun à moyen et long terme. Pire, le rapport conclut à la nécessité de réviser annuellement l'argent attribué par l'Etat aux différentes universités en fonction des résultats obtenus en matière d'insertion professionnelle! Ce genre de mesures signe la fin de la recherche fondamentale de qualité.

 

   L'abdication... ou la lutte.
   Ce rapport n'a pas force de loi. Cependant, il nous semble douteux d'estimer qu'un rapport rendu au gouvernement restera inutilisé. D'autant plus que la politique menée autour de la question des PRES (pôles de recherche et d'enseignement supérieur) semble parfaitement corrober un certain nombre de propositions du rapport Hetzel. Pour évoquer rapidement les PRES, il nous faut expliquer que ces « super-universités » aurait pour vocation de rassembler, dans une ville, des universités et des grandes écoles en vue des les réconcilier avec les intérêts économiques locaux. Chaque PRES se forme selon sa volonté, par conséquent on ne sait pas encore exactement quels seront les rapports de force dans les conseils d'admnistration de ces PRES. Cependant il y a fort à parier que les chercheurs et étudiants seront minoritaires, comme cela est déjà le cas au sein de l'ANR (Agence Nationale de la Recherche) où les « représentants du monde socio-économique » sont plus nombreux que les chercheurs.
   Seule une mobilisation massive de l'ensemble de la jeunesse et des enseignants pourra permettre de lutter contre ces orientations politiques. Il n'est pas, aujourd'hui, nécessaire d'attendre que les conclusions du rapport Hetzel prennent force de loi: la lutte contre le CPE et la loi d'égalité des chances était avant tout une lutte contre la précarité, or les conditions de vie de la jeunesse ne se sont certainement pas améliorées depuis le retrait du CPE: le manque de moyen de l'éducation est criant, les politiques d'assistanat se poursuivent et rien n'est fait pour aller vers une autonomie de la jeunesse.
   A l'heure où s'accentue une politique de destruction de l'enseignement public de qualité, il est particulièrement amusant d'observer les différents blogs politiques cognaçais. Au mieux, certains restent sans réaction. Au pire, certains promoteurs de l'enseignement privé osent parler de la nécessité d'une éducation qu'il faudrait soumettre « aux valeurs de la République »... Une chose est certaine: ceux qui se sont opposé à la réforme Fillon, ceux qui ont lutté pendant plus de deux mois contre la loi d'égalité des chances, ne se laisseront pas duper par ces basses manoeuvres antisociales.

"La jeunesse reconnaîtra les siens!"

par Renaud publié dans : Au delà du pays de Cognac...
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