Charente Libre :
Malgré la fronde, l'eau est offerte à Véolia
par Ismaël KARROUM
Une centaine de personnes massées dans la salle du conseil de la mairie de Cognac et dans la salle des pas perdus, des pétards qui claquent comme un cri de colère,
une corne de brume qui hurle sa désapprobation..., hier soir, le collectif de défense des services publics a fortement mobilisé. Sa pétition pour protester contre la concession du service
public de l'eau à Véolia pour les douze prochaines années avait recueilli 640 signatures. En pleine semaine, pendant les vacances scolaires, il a réussi à réunir une centaine de
sympathisants, élus de gauche, militants CGT, ou simples citoyens... Tous convaincus que l'eau du Cognaçais devait être gérée par une régie publique, pour un meilleur prix et une meilleure
prestation.
Mais trois heures après le début de la manifestation, sans aucune surprise, les élus du syndicat intercommunal pour l'eau et l'assainissement de l'agglomération de
Cognac (Sieaac) ont confié l'eau de Cognac, Saint-Brice, Merpins et Châteaubernard à Véolia. Pour douze ans et pour un tarif en 2008 qui s'élèvera à 3,29 euros par mètre cube contre 4,22
euros actuellement. «Soit une baisse de 22,17%», se réjouit Jean-Claude Marchais, maire de Merpins et président du Sieaac, qui concède: «Jusque-là, notre prix de l'eau était beaucoup trop
élevé.»
504 euros en 2007
394 euros en 2008
Que les Cognaçais soient donc heureux: leur facture sera désormais plus légère. Qu'ils se mordent les doigts: on leur avoue qu'ils payaient bien trop depuis des
années. En 2007 à Cognac, consommer 120 mètres cubes d'eau en un an revenait à 504 euros. Il en coûtera désormais 394,80 euros.
Seuls les quatre élus de Châteaubernard, emmenés par un Jean-Claude Fayemendie des grands soirs, et Michel Gourinchas, candidat PS aux prochaines municipales, ont voté contre la
concession de l'eau à Véolia. «On peut mettre toutes les entreprises que l'on veut en concurrence, ce n'est pas mon propos. Je ne fais pas le procès de Véolia. Ma position a toujours été
rectiligne: l'eau doit rester publique. L'eau, c'est un sujet qui inquiète nos concitoyens. C'est un débat important», argumente Jean-Claude Fayemendie.
De son côté, Michel Gourinchas balaie les arguments des tenants de la concession. Il avance les exemples de Thouars, Mont-de-Marsan, Nantes, Castres, autant de villes
qui fonctionnent en régie. Il est convaincu. «Nous aurions pu obtenir une meilleure remise avec une régie publique. Et je me réjouis que l'on retrouve autant de monde pour défendre une
eau publique, une eau moins chère, une eau d'une autre nature.» L'élu socialiste annonce d'ailleurs que s'il remporte les élections de mars prochain, il tentera de dénoncer le contrat.
«Même si ça paraît compliqué juridiquement. Et si on ne peut pas le dénoncer, on vérifiera scrupuleusement que Véolia respecte son cahier des charges.»
Alors que toute la journée d'hier, télés, radios et journaux répercutaient l'enquête de l'UFC-Que-Choisir sur les marges exorbitantes des concessionnaires, l'eau
cognaçaise s'est offerte à Véolia. Une multinationale qui s'est engagée à réduire les fuites sur le réseau à 15% sous peine de pénalité, à améliorer ses services, à baisser ses tarifs... En
fait, tout au long d'un débat en forme de bataille de chiffres, de bataille de l'eau, ce sont deux philosophies qui se sont affrontées. Deux conceptions du service public. Deux visions de la
gestion de l'eau. «Avec un comité consultatif, nous aurions pu lever un certain nombre d'incompréhensions et parler de la même chose. Si nous avions pu discuter sereinement, nous serions dans une autre
situation, insiste Michel Gourinchas. Cela fait trente-deux ans que nous allons d'avenant en avenant. Il y aura des élections en mars prochain. Ne prenons pas une décision qui va peser
pendant douze ans sur la vie des citoyens. Repoussons la décision d'un an et mettons en place une commission paritaire.»
Le silence de Jérôme Mouhot
Fidèle à la ligne qu'il suit depuis un an, Jean-Claude Marchais a repoussé la demande. Tout comme il a refusé de donner la parole aux membres du collectif de défense
des services publics, les empêchant d'exposer leur point de vue aux élus du Sieaac. Depuis plus d'un an, le maire de Merpins a d'ailleurs toujours refusé de les rencontrer. «C'est ça la
démocratie. La majorité a fait des choix et c'est comme ça que ça fonctionne», dit-il.
Et la majorité composée des élus de Saint-Brice, de Merpins et des membres de l'équipe de Jérôme Mouhot a choisi de confier l'eau à Véolia. Jean-Claude Marchais se
justifie. «Je suis très attaché à la notion de service publique. Sur ce dossier, j'ai raisonné en gestionnaire et non en idéologue. J'ai tout fait pour obtenir le meilleur produit au
meilleur prix.»
Tout au long du débat, Jérôme Mouhot, le maire de Cognac, est resté silencieux, en retrait, laissant Noël Belliot, son adjoint à l'environnement et vice-président du
Sieaac, défendre les positions des «pro-Véolia». La dernière fois qu'il s'était exprimé publiquement sur ce dossier, lors du conseil municipal de Cognac du 24 septembre dernier, il assurait
que «le prix de l'eau à Cognac n'est pas élevé». Il l'est beaucoup moins désormais.