
Photo prise sous la statue située à l'entrée du musée des arts du Cognac
Depuis le début de cette campagne, que le blog Hasta Cognac continue de suivre avec une certaine distance, un syndrome étrange semble avoir pris la liste emmenée par J.Mouhot, B.Sourisseau et
N.Belliot. Bien que les trois collistiers aient respectivement reçus en diverses occasions les soutiens de N.Sarkozy, F.Bayrou, ou se présentent comme les amis de JP.Raffarin, il semblerait
qu'ils ne soient plus « de droite ». On assiste au retour du mythe de l'apolitisme, qui, au final, semble traduire certains aspects des politiques menées par l'actuel gouvernement.
En effet, si Sarkozy se décrit souvent comme « un président proche du peuple », il ne faudrait pas faire trop vite de cette proximité celle qui pouvait être, par exemple, celle de
Mitterand. Il ne s'agit plus de comprendre le peuple, afin d'élaborer une réflexion sur les meilleures orientations politiques à envisager, mais « d'être » le peuple, de l'incarner,
d'épouser les moindres de ses réactions. Dans un livre paru récemment, MV. Howlett* tente de définir cette tendance comme l'avènement d'une « démocratie emphatique ».
Derrière cette volonté « d'incarner » le peuple, volonté que bien d'autres ont pu partagés avant Sarkozy (à commencer par Napoléon III), on constate bien souvent une tentative de
« dépolitisation du pouvoir », donc dépolitisation des décisions politiques. S'opposer à tel ou tel décision, ce serait ainsi s'opposer à la volonté du peuple puisque le chef, certes
démocratiquement élu, prétend incarner ce peuple, épousant chacune de ces réactions. Or, une fois de plus, une réaction reste le contraire d'une réflexion, qui ne peut se former dans l'instant;
épouser les réactions « à chaud » restera toujours le meilleur moyen de s'enfermer dans des impasses politiques: face à cela, il nous faut sans cesse réaffirmer qu'une pensée solide et
viable se construit en s'inscrivant au sein d'une réflexion collective, et dans la durée puisque seul le temps peut empêcher des réactions nécessairement guidées par les émotions de prendre le
pas sur la réflexion.
On en revient donc à Cognac. Certes, fort heureusement pour nous, J.Mouhot et ses colistiers ont pour le moment évités de nous divulguer de manière ostentatoire les détails de leur vie
quotidienne (encore que). Sur cet aspect là, on reste donc globalement épargnés par les symptômes du sarkozysme ambiant. Pourtant, sur l'aspect de dépolitisation des décisions et des orientations
politiques, l'actuelle campagne nous offre l'occasion de constater que la droite cognaçaise s'inscrit pleinement dans ce symptome sarkozyen de « dépolitisation » ambiante.
En effet, la liste conduite par le maire sortant ne serait donc pas une liste « politique », bien au contraire! Prétendre s'élever au-dessus d'une dimension politique, voilà donc qui
n'est pas une pratique nouvelle comme nous l'avons dit: de tout temps, les aspirants aux pouvoirs absolus ont prétendus dépasser la politique pour pouvoir incarner le peuple et les volontés
populaires.
Ceci étant dit, loin de nous l'idée de vouloir faire des chefs de la liste UMP/Modem (oups deux mots qu'il ne fallait pas dire!) des aspirants despotes, des Napoléon III ou des Sarkozy, loin s'en
faut. Car, avant de se prétendre incarnation, encore faut-il résoudre deux élements que cette liste est incapable de faire:
-
d'une part, donner l'illusion d'une proximité du peuple et d'un certain charisme, or il a été bien clair pour chacun que l'actuelle équipe municipale est restée plutôt éloignée du terrain et
des cognaçais-e-s
-
d'autre part, cela supposerait aussi que la liste de la droite puisse au moins donner illusion de prendre en compte les réelles préoccupations des cognaçais-e-s... Or, si l'on prend la
question de l'eau, force est de constater que le seul point du projet UMP sur la question est d'évoquer une nécessité d'économiser l'eau par des efforts individuelles... Sans rien mentionner
sur la question de la gestion de l'eau.
Face à cela, force est de constater que demeurent présents des militants et des partis qui acceptent encore d'affirmer leurs couleurs, cherchent à apporter des éléments de réponses aux
préoccupations des cognaçais-e-s (notamment sur la gestion de l'eau), tout en gardant la modestie de ne pas prétendre les incarner.
Il est donc temps que les colistiers de la liste présentée par le maire sortant assument les orientations de leur liste et de leurs candidatures; c'est à dire celles d'une droite réactionnaire et
libérale, incapable de répondre aux préoccupations sociales (entre autres) autrement que par des slogans moralisants, démagogiques... et vides.**
* MV. Howlett, Triomphe de la vulgarité, éditions de l'olivier, 2008
(si certains aspect du propos de MV Howlett sur la dépolitisation que tend à promouvoir cette "démocratie emphatique" semblent adaptés à la situation de Cognac, il est bien
évident qu'il faut se garder de plaquer l'ensemble de son discours sur la situation locale...)
**des divers slogans martelés par Sarkozy à la phrase de la liste de la droite cognaçaise « l'eau est un bien précieux qu'il faut économiser », on retrouve les mêmes aspects moralisants
qui sous-entendent que les réponses à des questions collectives résideraient dans des initiatives individuelles...