Panorama global
Tout d’abord, au niveau local, ces élections ont donc vues la nette victoire de la candidate du Parti Socialiste, Marie-Line Reynaud et la chute du maire UMP de Cognac.
Cependant, au niveau national, il serait judicieux de ne pas se laisser éblouir par ce que les médias considèrent comme une surprise : le ressaisissement du PS n’est relatif qu’aux divers
sondages faits dans l’après second tour. Car, même si le PS aura plus de députés qu’en 2002, même si toute la Charente a élue les candidats du PS, la majorité reste nettement à droite malgré
tout.
Il faudra donc rester méfiant à ce que ce sursaut du deuxième tour ne soit pas instrumentalisé par la droite à son profit. On peut déjà entendre certains responsables de l’UMP envisager que de
nouvelles personnalités « de gauche » ou du centre entrent au gouvernement. Il y a fort à craindre que ce genre de manœuvres, en endormant l’électorat de centre gauche, ouvre
dangereusement des perspectives d’application au programme de Sarkozy. Cette crainte est d’autant plus légitime lorsque l’on s’aperçoit que certains responsables socialistes se félicitent (à
juste titre) du sursaut du second tour, en oubliant d’appeler tout de même leurs électeurs à la vigilance.
Car les réformes annoncées par Fillon et Sarkozy sont bel et bien en cours de préparation, et il serait regrettable que l’illusion d’avoir installé une opposition revigorée à l’assemblée laisse
l’électorat de gauche s’endormir pendant que passent les réformes.
Les résultats locaux
Ce qui nous intéresse ensuite, ce sont les répercussions locales de cette élection.
A un an des municipales, le maire de Cognac est assez largement devancé par la candidate socialiste. Sur Cognac même, l’écart entre les deux candidats est loin d’être extraordinaire, mais la
gauche est en tête dans une ville traditionnellement ancrée à droite. C’était déjà le cas lors des présidentielles.
Il se dégage donc la possibilité d’une mairie de Cognac virant à gauche l’an prochain. Cependant, une mairie qui passe à gauche n’est pas une fin en soi (même s’il s’agit d’une ville symbolique),
et il va falloir que toutes les forces de gauche travaillent à cette victoire pour conforter l’avance prise par la gauche lors des législatives.
A Cognac, c’est environ 300 voies qui séparent les deux candidats, dans un certain nombre de communes proches, la candidate socialiste est aussi en tête (Chateaubernard, Cherves, Merpins,
Boutiers, Louzac, etc). Par conséquent, il est envisageable qu’un certain nombre de conseils municipaux penchent à gauche l’an prochain, en même temps que Cognac (ceci est intéressant pour la
communauté de communes – voire même pour le SIEAAC).
Les perspectives de la gauche dans le pays de Cognac
Une gauche majoritaire, mais sur quel programme ?
Comme nous l’avons déjà souvent dit sur ce blog, une mairie qui passe à gauche est a priori plutôt une bonne nouvelle, mais encore faut-il qu’elle soit en mesure de changer les choses
concrètement là où elle se fait élire.
Une gauche victorieuse à Cognac, ce serait déjà une possibilité de renouveler un conseil municipal incompétent dans un certain nombre de domaines, mais cette gauche doit aller au-delà de la critique de « la famille toutadroite ».
Elle doit remettre au cœur de ses priorités l’engagement de chaque citoyen dans la vie politique locale : « l’engagement citoyen » ne doit plus juste se faire aux moments des
échéances électorales. Puisqu’il s’agit de l’une des questions qui semble être une priorité pour les habitants de la ville, il faut aussi absolument mettre en avant les questions liées au cadre
de vie et à l’environnement : la pseudo charte proposée par la municipalité actuelle doit être entièrement revue, Cognac doit pouvoir devenir une référence environnementale. La culture ne
doit plus être vue comme une source de divertissement plutôt réservé aux habitants du centre-ville, mais la culture doit devenir une possibilité de créer du lien social entre les quartiers et les
communes. La question sociale doit aussi redevenir une priorité, cela passant aussi par des élus capables d’assumer leur fonction sans déléguer des missions de services publics à diverses
entreprises.
Produire de l’engagement citoyen, faire de la démocratie participative, ce sont donc des thèmes chers au parti socialiste et à son ex-candidate à l’élection présidentielle. Il est pourtant grand
temps de trouver une application très concrète à ces principes. La campagne pour les élections municipales est le moment rêvé pour cela.
Il serait ridicule que cette démocratie participative se transforme une nouvelle fois en une pseudo ouverture d’une liste de tel ou tel parti vers quelques associations sympathisantes, ou de tel
ou tel candidat envers tel ou tel autre personnalité politique. Dans le contexte des municipales, le meilleur moyen de faire vivre la démocratie, c’est pour les citoyens de ne pas attendre
l’échéance de 2008 mais de se réapproprier au plus vite le débat, et de s’imposer aux candidats et partis pour ne pas subir les choix de ces derniers.
D’eux-mêmes, les partis de gauche seront incapables de réunir au-delà de leurs proches sympathisants. C’est donc aux citoyens d’imposer ce rassemblement, de faire en sorte qu’un programme de
gauche puisse émerger et soit porté aussi bien par des citoyens sans partis, que par des militants du PS, des Verts, de la LCR, du PC, des syndicalistes ou encore des militants associatifs.
Pour préparer ces échéances, aucun parti ne peut prétendre détenir la connaissance des volontés de ses électeurs. En mars 2008, si l’on souhaite voir Cognac passer à gauche avec un programme
nouveau, cela ne se préparera pas dans des réunions restreintes : il faut rapidement envisager des cadres de discussion plus larges, qui donneront leur place à tous ceux qui
souhaitent s’exprimer et décider de l’avenir de la politique municipale, à Cognac ainsi que dans le reste de la communauté de communes.