En fouillant quelques archives, je suis retombé sur une lettre de réponse du député Bobe aux comités d'actions lycéen de Cognac à la suite des mobilisations contre la réforme Fillon sur l'éducation en 2005. Peut être pourrait-il être intéressant de la porter à la connaissance du plus grand nombre, puisque "Sud Ouest" n'en publia qu'une phrase (le lapsus de conclusion "rependrez vos cours"). Rappelons que la manifestation du 8 mats avait réunie entre 700 et 900 lycéens. A l'époque, la droite semblait unie à Cognac: le député faisait preuve d'arrogance envers ceux qui se mobilisaient (donc contre la majorité des lycéens de Jean Monnet puisque la pétition contre la réforme avaient réunie les signatures de plus de la moitié des effectifs du lycée), le maire ignorait le comité d'action lycéen qui sollicitait une rencontre, une future candidate à la candidature définissait ce mouvement comme étant destructeur de "l'esprit républicain" (sans définir ce qu'est "l'esprit républicain"). Une droite unie pour la casse d'une éducation de qualité, de quoi susciter une certaine émotion chez certains bourgeois cognaçais? Voilà ce que ça donne, une droite unie qui parle aux lycéens:
"Paris, le 22 mars 2005
Messieurs,
Vous m’avez adressé un courrier circulaire émanant du « Comité d’Action Lycéenne » que vous avez constitué, et j’en ai pris connaissance avec attention.
En premier lieu, j’aimerais vous rappeler que de grands débats départementaux et régionaux se sont tenus pendant plusieurs mois sur l’ensemble du territoire avant que ne soit élaboré le projet de loi, contrairement à ce que vous dénoncez dans votre lettre. Il est dommage que vous n’ayez pas participé, ces débats étant largement ouverts à tous. De nombreux lycéens se sont exprimés et ont été entendus.
Pour ce qui concerne le fond, je crois sincèrement que les craintes que vous exprimez devant ce texte de loi proviennent d’une méconnaissance des dispositions réellement proposées et de leurs véritables conséquences. Personne ne conteste plus une certaine faillite du système éducatif, il était donc grand temps de renouveler celui-ci. Par exemple, le contrôle continu, déjà mis en œuvre dans de très nombreux pays européens, ne peut en aucun cas être néfaste à l’obtention du bac : tout au contraire, l’élève qui travaille régulièrement ne peut que réussir son examen. Déjà plus de 80% des élèves obtiennent le baccalauréat, donc faire en sorte que tous aient le niveau adéquat au moment de le passer, est cohérent avec une éducation réussie. Autre exemple, les cours de soutien que vous demandez sont parfaitement prévus dans la loi qui établit par ailleurs des parcours personnalisés adaptés à chacun.
Nous sommes nombreux à regretter le rôle néfaste de politisation qu’ont joué les syndicats dans cette affaire. Refuser l’évolution des choses et la modernisation qu’elles soient proposées par la droite ou par la gauche, alors que les autres pays européens la vivent quotidiennement, ne résout ni le problème de l’analphabétisme qui s’est développé rapidement, ni le fait que beaucoup de jeunes français ne connaissent pas de langue étrangère, ni le manque d’espérance de nombreux jeunes. Tout cela les pénalise dans un monde en changement perpétuel. Et personnellement je souhaite qu’au contraire, comme le fait la nouvelle loi, la possibilité d’être mieux soutenus, mieux accompagnés par des parcours individualisés, permette aux jeunes d’être mieux armés intellectuellement en sortant du lycée pour soutenir la « concurrence » des autres lycéens européens.
La période d’enseignement que suit l’ensemble des élèves a pour but de les former et de leur apprendre à faire le mieux possible le métier qu’ils souhaiteront ensuite exercer, munis des bases essentielles. Parmi ces bases, la recherche de l’excellence est une évidence à laquelle se trouvent ensuite confrontés tous les acteurs de la vie sociale, dans chaque domaine d’activité. La réalité est que les victoires technologiques sont acquises parce que la recherche de la perfection mène les entreprises. C’est chaque jour que nous profitons tous des fruits de ces recherches. On ne peut en rester aux consoles de jeux ou aux graveurs de DVD… Rester dans la facilité ou n’avoir pas les moyens d’accéder et de comprendre le monde est une pénalisation que nous ne pouvons accepter pour la jeunesse de notre pays. Ce serait totalement irresponsable. Tant d’autres jeunes, dans de nombreux pays du monde, se battent au contraire pour avoir le droit d’étudier, et d’étudier correctement. Beaucoup, notamment dans les pays sous-développés, n’ont même pas la possibilité d’y songer !
Enfin j’ajouterai que se déclarer contre l’élitisme n’est pas en soi un but suffisant. Tout au contraire, les étudiants qui ont suffisamment travaillé pour obtenir leurs diplômes, souhaitent pour leur très grande majorité faire des stages ou des études à l’étranger afin de poursuivre leur formation. Ceux-là sont conscients qua face aux autres concurrents, ils ont tout intérêt à être les meilleurs. Leur vie future en bénéficie largement et ils feront partie des décideurs. Le but de l’enseignement n’est pas d’apprendre aux jeunes à compter sur la famille ou sur la société pour survivre. C’est d’apprendre à engranger les connaissances suffisantes pour ensuite les utiliser au profit de son bien propre et celui de la société à qui la formation de chaque individu coûte cher.
Souhaitant vivement que vous réfléchissiez à ces valeurs, et que vous ne mettiez pas au même niveau d’une part les travaux pratiques, l’enseignement des langues étrangères, l’allègement des effectifs des classes ou la sécurité dans les établissements avec d’autre part les lieux conviviaux meublés de fauteuils, l’accès gratuit aux e-mails ou les distributeurs de fruits (sic),
Espérant surtout que vous rependrez vos cours avec enthousiasme et que vous aussi vous réussirez brillamment vos examens,
Je vous prie d’agréer, Messieurs, l’expression de mes sentiments les meilleurs et les plus cordiaux.
Jacques BOBE"
Peut-on toujours défendre la réforme Fillo, aujourd'hui, alors que le socle commun entrait en vigueur lors de la rentrée de septembre? Peut-on toujours vanter les "vertus positives" de la politique éducative menée depuis 2002, logique qui est celle du processus de Lisbonne, qui aura aussi engendrée la réforme LMD, la mise en place des PRES, etc? Cette logique de marchandisation du savoir et de l'éducation qui est celle des libéraux aura aussi engendrée la baisse constante des postes aux concours de l'éducation.

